Pour explorer le monde, il faut d’abord se le représenter. Bien avant les satellites, Google Maps et la photographie aérienne, notre compréhension de la planète passait par des objets monumentaux, à la fois scientifiques, politiques et artistiques. Parmi eux, les globes de Coronelli occupent une place à part. Je suis allé les découvrir à Paris : visite guidée.
Un globe hors norme pour le Roi-Soleil
Le globe terrestre de Coronelli est une œuvre spectaculaire : près de quatre mètres de diamètre, une échelle qui dépasse largement le simple objet décoratif. Il a été réalisé à la fin du XVIIᵉ siècle par le moine italien Vincenzo Coronelli, cartographe et cosmographe de renom.
Ce globe monumental fut conçu comme un cadeau pour Louis XIV, symbole de puissance, de savoir et de maîtrise du monde. Aujourd’hui, ce chef-d’œuvre est conservé à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, où il est possible de l’admirer gratuitement.

Une photographie des connaissances du XVIIᵉ siècle
Ce globe a plus de trois cents ans. Il ne montre donc pas le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui, mais tel qu’on le comprenait à l’époque. Il s’agit moins d’une carte « fausse » que d’un instantané des connaissances géographiques disponibles à la fin du XVIIᵉ siècle.
Certaines régions apparaissent déjà avec une grande précision, tandis que d’autres trahissent encore l’incertitude, les hypothèses et parfois l’imagination des cartographes.
Une Australie et une Nouvelle-Zélande encore imparfaites
En observant le globe, on remarque que l’Australie n’a pas encore la forme exacte que nous lui connaissons aujourd’hui. Ses contours restent approximatifs, signe que les explorations étaient encore partielles.
Un peu plus au sud, la Nouvelle-Zélande apparaît également, mais de manière incomplète. Ces représentations témoignent d’un monde en cours de découverte, où chaque expédition venait corriger, affiner ou contredire les cartes précédentes.
Quand la Californie était une île
Un détail m’a fasciné : la Californie. Sur ce globe, elle n’est pas rattachée au continent nord-américain. Elle apparaît clairement comme une île, séparée du reste de l’Amérique du Nord.
Cette représentation n’est pas un simple caprice artistique. Pendant plusieurs décennies, de nombreuses cartes européennes ont montré la Californie comme une île, faute d’explorations terrestres suffisantes pour confirmer sa géographie réelle. Le globe de Coronelli est ainsi le témoin d’une erreur cartographique largement partagée à son époque.

Une mer intérieure au cœur du Brésil
Autre surprise en Amérique du Sud : au nord du continent, sur le territoire actuel du Brésil, figure un immense lac. Sa taille est telle qu’il est désigné sur la carte comme une véritable mer intérieure.
Cette représentation reflète les récits d’explorateurs et les hypothèses géographiques de l’époque, qui tentaient d’expliquer des territoires encore largement inconnus depuis l’Europe.
Voir le monde pour mieux le comprendre
Observer le globe de Coronelli, ce n’est pas seulement admirer un objet ancien. C’est comprendre comment, il y a trois siècles, l’humanité tentait de donner une forme au monde, avec ses certitudes, ses zones d’ombre et ses erreurs.
En le voyant de ses propres yeux, on prend conscience à la fois de l’immensité de la planète et du chemin parcouru depuis ces premières grandes représentations globales. Si vous passez par Paris, la visite vaut le détour : ce globe géant raconte autant l’histoire du monde que celle de notre manière de le regarder.
Prolonger le voyage par l’image
Cette fascination pour la manière dont nous représentons le monde est au cœur de mon travail photographique. Si cette plongée dans la cartographie ancienne vous a donné envie de regarder le monde autrement, je vous invite à découvrir ma collection d’affiches et de tableaux, conçus pour faire entrer le paysage, le voyage et la contemplation dans les espaces du quotidien.
